France Inter, la dépendance



Février 2010, France, Lille.

A chaque début d’une nouvelle semaine de vélo, une question me hante : ai-je assez de France Inter sur mon mp3 pour tenir la semaine ? Je m’occuperai après de savoir si on a assez d’eau, de bouffe, d’essence dans le réchaud et de chambre à air pour atteindre la prochaine grande ville. Si j’ai pas mon France Inter, c’est la crise.

Une drogue douce

« Un France inter » dans notre jargon, c’est une émission de la célèbre radio qui fait tant honneur au service public, que j’écoutais matin et soir en France et dont je ne taris jamais d’éloges, d’autant qu’il faut qu’on soigne notre image auprès des médias si on veut sortir un livre un jour. J’étais passé dessus dans l’emission Allo la planète (voir revue de presse), depuis nous ne les avons pas recontacté, décalage horaire oblige. En Asie, il fait nuit quand Eric Lange prend le micro à 11h00 heure française.

Pas question de perdre mes bonnes vieilles habitudes à vélo donc, d’où cette seconde angoisse qui ressurgit à chaque fin de semaine de vélo : va-t-on trouver une connexion internet suffisamment rapide pour télécharger nos émissions favorites depuis le site de France Inter ?
Rassurez-vous, avec 70 heures enregistrées sur mon ordinateur depuis septembre, dont une bonne partie encore non écoutée, nous devrions tenir jusqu’au bout.



70 heures de France Inter à écouter, de quoi tenir jusqu'au retour !

Nous avons fait le plein à Bangalore, sans l’avoir utilisé depuis car nous faisions moins de vélo en janvier. Je dis nous parce que j’ai refilé le virus aux autres, devenus accros aussi. Nous avons eu une minute de silence quand le lecteur MP3 de Thomas est tombé en panne. J’étais triste pour lui, mais pas question de lui prêter le mien. Dynamo n’est plus solidaire quand il s’agit de tuer le temps à vélo. Et quand Tanguy bousille ses écouteurs parcequ’ils se sont pris dans sa roue, il ne lui faut que 2 heures pour en acheter des nouveaux. Accros, nous sommes accros !
Mais ce dopage a des effets seconds imprévus : une émission de radio un peu trop intellectuelle aura tendance à nous ralentir, alors qu’une musique bien rythmée nous boostera dans les passages de col. Si certains se dopent à l’EPO pour faire le tour de France en deux étapes, nous, notre perfusion entre par l’oreille, des écouteurs en guise de seringue. Elle ressort à l’heure du repas, sous forme de conversations improbables à l’autre bout de la planète.



Sur la route, rien de mieux qu'un 2000 ans d'histoire pour passer le temps

France Inter devrait nous dire merci ! Dans un bousi-bouis indien : « - T’as entendu la dernière de Sarkosy dans le 7-10 du 6 novembre ?
- Nan j’étais sur un 2000 ans d’histoire, la mort de Caucsescu. Ils parlent de Timisoara en Roumanie. Tu sais qu’on a traversé la ville sans savoir que c’était un des grands charniers de la fin de son règne ? »


2000 Ans d’Histoire, qui vient de fêter ses 10 ans, est l’émission la plus « podcastée » (téléchargée) de la bande FM. Patrice Gélinet, son présentateur, devrait nous remercier de faire gonfler les chiffres. Je compte pas moins de 33 émissions stockées sur mon ordi, rien que depuis Septembre. J’ai supprimé les autres, on a besoin de place pour les photos !
Quand je vois Tanguy devant faire des grands gestes et son vélo zigzaguer, c’est qu’il se prend pour le chef d’orchestre du générique de début de 2000 Ans d’Histoire, sur une route perdue du Chhattisgarh. Croyez moi, rien ne vaut les questions impertinentes d’un Domorand à un politicien qui lui répond en langue de bois pour vous donner du peps sur les pédales ; ou la voix douce et suave de Fabrice Drouel, présentateur du journal de 8h00 nomée « voix la plus écoutée de France » avec près de 2 millions d’auditeurs chaque jour, pour faire passer le temps, les mains collées au guidon.
Surtout quand on fait ce genre de statistiques : « 25 km à 10h45, plus que 95 km et 5 heures de vélo aujourd’hui ».

Schizophrénes et fiers de l’être.

Cette schizophrénie entre nos yeux qui découvrent l’Inde ou la Chine depuis une selle et nos écouteurs qui nous ramènent en France en nous tirant par les oreilles nous amuse beaucoup.
La Grippe A, Copenhague, le fils Jean à la défense, les Européennes, Obama, l’Iraq, l’Afghanistan et sa réforme de la sécu : rien ne nous échappe. A vélo nous sommes isolés, souvent à quelques centaines de mètres d’écart, alors on se cultive. L’histoire d’henri IV, d’Eric Tabarly ou du ghettos de Vasorvie avec Patrice Gélinet quand ça monte, les chroniques aiguisées d’un Stéphane Guillon ou d’un Didier Porte pour égayer la montonie d’une plaine pluvieuse.

Parfois au contraire actualité et voyage se rejoignent. Le premier octobre, jour du 60° anniversaire de la république populaire de Chine, amusant pour nous de voir le traitement médiatique fait à la radio ou sur les sites des grands journaux français quand on est a Xi’an, à regarder le défilé militaire à la télé avec des chinois.

Alors nous direz-vous, à quoi ça sert de faire le tour du monde si c’est pour rester scotcher aux infos en France ?
Certains cordons ombilicales ne se coupent pas!



posté par Loïc le 09/02/2010

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3 Voleurs très photogéniques Acte 1/4 : High way to hell



Novembre 2009, Inde, Khotakota.

- oh nan j’ai crevé ! dit Thomas, lassé, ça lui arrive souvent.
- c’est pas vrai moi aussi ! Je regarde déçu mon pneu arrière acheté à Pékin, du bon matos pourtant.
Tanguy est un km plus loin, avec la colle à rustine, nous n’avons qu’une chambre à air pour deux. Je la laisse à Thomas et tente de récupérer la colle d’un vieux tube, sans succès.
Tanguy revient finalement avec la colle une heure après, il faisait des courses. Il s’écoule ensuite une autre heure avant que j’arrive à boucher les deux trous béants dembre à air et que je puisse enfin repartir. Pendant ce temps là, trois jeunes indiens sur une moto se sont arrêtés. Ils m’aident et me posent les sempiternelles questions : « were are you from ?, how old are you? ».
Je redémarre, quand au bout d’un km… recrevaison. Thomas a été cherché des chambres à air entre temps et Tanguy est au village pour prendre de l’eau. Les indiens nous ont retrouvé, ils ne sont plus que deux. Cette réparation n’aurait pris que 5 min si, nouveau coup de théâtre, la pompe n’avait pas cassé.



Si ce pneu ne m'avait pas lâché...

Voilà trois heures que je triture patiemment cette roue, il fait nuit.
Nous pompons donc frénétiquement avec Thomas pour redonner vie à ce vélo aidé par un des deux indiens qui tient le vélo. L’autre a allumé sa moto pour nous éclairer.
C’est là, dans un moment de grande concentration sur ce pneu qui prenait un peu de pression, que nous entendons « bye bye ! ». Les deux indiens s'élancent sur leur moto. En deux secondes je regarde mes sacs et comprends l’arnaque. Je viens de me faire voler ma sacoche de guidon avec mon passeport, mon argent, mon appareil photo etc… très vite je réalise qu’il y a surtout les objets que je ne veux perdre pour rien au monde comme mon harmonica, cadeau de mon père pour mes 25 ans.
A la veille de mes 26, me voilà dans le pétrin.



posté par Loïc le 26/12/2009

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3 Voleurs très photogéniques Acte 2/4 : flashés sur l’autoroute.



Novembre 2009, Inde, Khotakota.

Je marche sur l’autoroute déserte, Thomas dans la précipitation est partie vers le village retrouver les voleurs, moi je pousse mon vélo. J’hésite à sortir de la 2x2 voies, et puis finalement je tombe sur une jeep qui a la voix de Tanguy. Il a retrouvé Thomas et s’est présenté à la police. Il me racontera plus tard combien il a galéré pour leur expliquer l’histoire, en faisant de grands gestes assis par terre pour mimer la cervaison, le vol. .
Pour l’heure il me révèle ce détail qui fait basculer le récit. Les 3 jeunes lui ont demandé de le prendre en photo une heure avant. Il avait la flemme de sortir pour son appareil mais s’était résigné pour leur fait plaisir. « On les tient ces cons ! ». Ma bonne étoile est de retour.



La police exhibe les 3 malfaiteurs devant les télés locales, en exemple, et pas peu fière de les avoir coincé aussi vite

Une vingtaine de policiers sont lâchés dans les rues de Khotakota, et font circuler la photo. Ils sont bien sur cette photo ? Au bout de quelques heures, les policiers nous amènent trois suspects. C’est bien eux. Ils donnent très vite le portefeuille avec mon passeport, en oubliant 8000 roupies (100€), mais surtout le reste du sac. Ils ne veulent rien lâcher.
Commence alors une scène surréaliste ; leur mise à tabac, devant nous. Les policiers les claquent dans le dos et sur la tête, Les coups, mesurés certes, résonnent dans le poste de police. Les 3 suspects sont mouillés jusqu’au coup mais ils ne veulent pas avouer le vol de l’appareil photo et du reste du sac. Ce n’est que le lendemain, dans le bureau du chef de police, qu’on m’amènera les principaux objets manquants, et les restes calcinés de mon sac.



posté par Loïc le 25/12/2009

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