Insolite : Face aux curieux, chacun sa méthode.



Fin Novembre, Inde :


- What is youR countRy siR ? me demande un indien qui nous suit à vélo. Il fait nuit et on a hâte d’en finir avec ces 120 km et trouver un bon bivouac au calme.
- Afghanistan, je lui réponds, un sourire en coin.

- Ah. What is youR name siR? Continue le jeune lycéen

- Loïc Ben Laden, I am the son of… Je ne finis pas ma phrase, ma blague est assez nulle pour que je m'arrête là. Après 8 mois de voyage je suis toujours aussi mauvais acteur. Il faut dire que je ris encore du précédent qui un quart d’heure avant m'avait demandé si j'étais russe, parce que je prétendais ne pas parler anglais et roulais les R aussi bien qu’un indien. Le gars sur son vélo ne prend pas l’air étonné mais comprend bien qu’on se moque de lui. Il accélère. J'ai un peu honte de l’envoyer baladé lui aussi, mais j'ai l’impression que c’est le vingtième aujourd’hui qui me pose les mêmes questions.

Nous nous arrêtons pour trouver de la sauce tomate à mettre dans nos patates à l’eau ce soir. Très vite c’est la cohue autour des vélos. 10, 20, 50 personnes. Nous trouvons au bout de 20 minutes un boui boui qui vend une bouteille de sauce tomate d’un litre, c’est trop volumineux pour nous. Pas de problème, le vendeur cherche avec Tanguy le moyen d’en transvaser un peu dans une bouteille. Il échangera la précieuse sauce non épicée contre 20 roupies népalaises, le marchand aurait préféré des euros pour sa collection mais nous n’en avons plus depuis longtemps.

Un flic est là pour calmer la foule uniquement composée d’enfants et d’hommes, et qui continue de grossir. Tout le monde regarde la scène, Tanguy est éclairé par la lumière blafarde des néons de l’échoppe, servant accessoirement d’éclairage public. Une bonne dizaine de jeunes et moins jeunes a déjà testé sa sonnette, changer ses vitesses, et bien sûr presser le klaxon acheté dans la rue à un pouce pouce de Katmandou. Le pouet pouet en plastique fait rire tout le monde à tous les coups.


La figure encrassée, les traits tirés, le ventre vide, les jambes lourdes, j'ai pas franchement envie de faire la causette…

Face aux curieux, chacun sa méthode. Loïc moi j'avance de 10 mètres toutes les minutes pour voir si les curieux suivent aussi bien nos mouvements en Inde qu’en Chine du nord. Définitivement oui. Pendant ce temps, Thomas a choisi la position statique sur son vélo, pieds à terre. Ce matin il a décidé qu’il resterait zen face aux questions indiscrètes. Je salue sa patience.


Tanguy discute la sauce tomate entouré de nombreux observateurs, le flash de la photo révèle l’état de l’air dans la rue.

Il entame la conversation avec quelques jeunes qui s’agglutinent autour de lui. Tous le dévisagent, cherche à ce que son regard croise le leur. Certains commencent à nous tendre des papiers et réclament des autographes. L’ambiance est bonne enfant, les jeunes se rient du flic et offrent à Thomas deux tomates. Ils ne savent pas à quel point ce cadeau nous fait plaisir, difficile de trouver des fruits autres que des bananes pas mûres et des pommes farineuses par ici. Nous reprenons notre route à la recherche d’un coin de nature tranquille, loin des regards curieux et de la poussière des camions, où savourer notre festin sans épice.

Ce soir on a des tomates en apéro.



posté par Loïc le 04/12/2009

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Sunilkumar, 18 ans et guide à Bodh Gaya



20 Novembre 2009, Bodh Gaya, Bihar, Inde

Sunilkumar a 18 ans. Il est l’ainé de ses trois frères et sœurs et vit avec toute sa famille à Bodhgaya, dans l’état du Bihar. Ils habitent une toute petite maison perdue dans le dédale de rues du village. Deux petites pièces d’une dizaine de mètres carrés chacune, une petite cour carrée et tout tient dedans : le lit des parents, les couches des 4 enfants, la cuisine, la télé, la douche (une bassine et un seau d’eau)…

Nous rencontrons Sunilkumar à la nuit tombée, alors que nous finissons notre journée de vélo. Il est devant le bureau de l’office des guides de la ville. C’est que (et nous ne le savions pas quelques heures plus tôt), Bodhgaya est mondialement connue pour être la ville où Gautama Buddha a eu la révélation. C’est donc un haut lieu de pélérinage pour les bouddhistes. Ils viennent ici par cars entiers pour prier dans le temple de Mahabodhi et voir l’arbre du Buddha. La légende raconte que Gautama Buddha y aurait médité trois jours et trois nuits abrité sous ses branches, sans manger ni boire et affrontant les éléments, pour acquérir le savoir.



Sunilkumar, 18 ans et guide à Bodh Gaya nous invite gentiment dans la maison de sa famille pour la nuit



Bodh Gaya et son temple Mahabodhi : Principal lieu de pélérinage boudhiste de toute l'Inde.

Sunilkumar n’a que 18 ans mais est déjà guide depuis longtemps. « Je connais tout sur tout sur cette ville ! » nous dit-il fièrement. Il nous explique ensuite qu’il est la source principale de revenu de toute sa famille. Il se doit donc d’être un bon guide. Gentiment, il nous invite chez lui pour la nuit et nous partageons des moments très agréables avec toute la famille: ils nous font écouter de la musique indienne, nous leur montrons les pièces et billets de monnaies de tous les pays que nous avons traversés. « On veut voir des pièces françaises ! » nous demandent-ils.

Le lendemain, nous visitons son ancienne école. « Plus tard, je veux devenir prof pour éduquer ces enfants qui mendient dans la rue » nous explique Sunilkumar. Le directeur nous invite très aimablement dans son bureau et nous demande de l’argent. Un peu surpris et décontenancés d’avoir été ainsi menés comme des moutons jusqu’à la case « Don », nous sortons un billet, faisons de même avec notre famille d’accueil, puis repartons à vélo.



Visite de l'école, Thomas apprend aux enfants les rudiments du Français

Alors pigeon ou pas pigeon ? Il est toujours dommage d’en arriver à cette notion d’argent, on se met à douter de la sincérité d’une rencontre. Cette fois ci pourtant, les sentiments de sympathie de Sunilkumar et de sa famille à notre égard semblaient véritables. La vraie question ne serait-elle pas : « Peut-on échapper à la dure réalité de la vie qu’est l’argent ? »

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posté par Tanguy le 04/12/2009

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Inde, de Bankey Bazar a Raipur, 24 Novembre-2 Decembre, 750 km


Inde2

Indigestion

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Chronique : "Encore une longue journee qui nous attend... ""

Après 50 km de vélo dans les petites montagnes du nord de l’Inde, nous arrivons à Chatra en début d’après midi. Nous sommes accueillis dans la famille de Priyanka, un contact de nos hôtes de Bankey Bazar. Une autre ambiance… après les Dalits, nous sommes ici chez des Brahmanes (l’une des plus hautes castes).

Priyanka est en fait la fille du fondateur d’Ankuran, une association qui œuvre contre la misère (voir coup de cœur). Elle a 25 ans et habite une grande maison dans le centre de Chatra avec sa mère, sa sœur et son frère. Comme d’habitude en Inde, nous sommes accueillis comme des rois. Nous passons la soirée avec eux autour du thé et des chappattis. Le lendemain, nous devons partir tôt mais Priyanka enseigne dans une école et veut nous y présenter. Comment refuser ? Nous sommes reçus dans le bureau du proviseur. C’est un personnage… Le sourire jusqu’aux oreilles, il improvise une cérémonie incroyable en notre honneur. Une centaine d’enfants en costume, bien alignés tel un régiment militaire font face à la scène. Un petit peu intimidés, nous présentons rapidement notre voyage… Enfin, après la séance photos et des dizaines d’autographes signés sur les cahiers des écoliers qui nous sautent littéralement dessus, nous quittons la cour de recréation pour aller visiter les bureaux d’Ankuran.…


Un autographe Lolooooooooo !


11 000 km : Tous malades !

Finalement nous reprenons les vélos à 14h30. Une matinée en moins = 70 km à rattraper en une semaine… Comme d’habitude, on va pousser un peu plus sur les pédales. Plus de 100 km par jour, nous posons les vélos chaque fois à la nuit tombée. Poussière, pollution, route en mauvais état, nuits au son des camions et des chants religieux, les jours se suivent et se ressemblent beaucoup. De plus, la turista ne nous quittant plus (tous les trois cette fois), la motivation est dure a trouver. Chaque matin, la même réflexion : « encore une longue journée qui nous attend… ». Le vélo entre Chatra et Raipur, ce n’est pas l’idéal. L’arrivée à Raipur est la cerise sur le gâteau. L’anarchie de la circulation et la pollution sont insupportables. Arrivés à l’hôtel, nous sommes tellement sales que nous ne résistons pas à prendre une photo avant une douche chaude bien méritée. Ca faisait longtemps !


Vie quotidienne : "toi qui m’a donné du feu quand… j’étais malade !

C’est pas tout à fait remis de la turista de Loïc que nous avons repris notre route avec cet objectif bête et méchant : 115 km/j pendant 7 jours pour rejoindre Raipur. Ces kilomètres seraient passés comme une lettre à la poste si l’intolérance de Loïc pour la bouffe indienne n’avait pas fait des émules. Tanguy aussi évite de manger à présent, lui ne vomit pas mais souffre de diarrhées à répétition. Thomas survit mieux et s’offre quelques samossas le midi, quelques biscuits pour Tanguy et Loïc. Ces deux derniers n‘ont plus eu d’appétit pendant plusieurs jours, ça pourrait en faire rire certain. Le ventre vide, entre poussière et nids de poule, les km passent donc lentement, souvent moins de 17 km/h, lamentable sur du plat.


Le soir nous redécouvrons donc les joies de la popote faite maison, estimant que nos repas seront plus sûrs si nous les préparons nous-mêmes. Un feu de bois, une casserole avec quelques patates, un bon livre et nous nous endormons sous les étoiles dans la fraicheur humide des nuits de Novembre. La nuit tombe peu après 17h00, mais nous partons rarement avant 9h00, surtout si Thomas se découvre une nouvelle crevaison au petit matin… Nous passons donc la journée à courir après cet horaire, pour trouver le soir un coin de nature à l’abri des regards. Jusqu’ici aucun curieux n’est venu nous visiter le soir, mais un matin nous nous réveillons face à un groupe de paysan qui nous observe du haut d’un rocher. Ils ont même fait un feu. Ni une ni deux nous nous levons et allons faire chauffer notre thé sur leur feu sans rien demander, en leur distribuant quelques biscuits. Au bout de quelques minutes les badauds passent leur chemin, nous nous remettons en selle « ah nan, Thomas a encore crevé ! ».


Ce matin là, nous ne pouvons que remercier les habitants de nous avoir prépare le feu pour chauffer le thé.


Impressions à chaud : "Perdus dans la campagnes indienne...

Cette semaine fut une longue traversée de la campagne indienne, excepté l’arrivée sur Raipur où l’on a eu la joie de retrouver camions, poussières, et pollutions diverses. Aux tous petits villages se succédaient des champs découpés en parcelles, des bocages, des forêts plus ou moins denses et des bourgades de plusieurs milliers d’habitants. La route était souvent assez paisible (rare donc à signaler !) mais le paysage assez uniforme et monotone, même s’il offrait de magnifiques couleurs, le soir au coucher du soleil.


Le village typique indien : une large route centrale plus ou moins cabossée, des bandes de terre battues et de part et d'autres, les bouibouis rustiques et rudimentaires.

Les villes et villages se ressemblent tous. Ils sont généralement constitués d’une artère centrale plus ou moins cabossée et en guise de trottoirs, d’une bande de terre de quelques mètres de large souvent jonchée de détritus de toutes sortes. D’ailleurs nous avons eu tout le mal du monde à trouver des poubelles, nous obligeant à garder toute la semaine nos dechets sur nos vélos. Enfin, de part et d’autre de ce décor, se dressent les bouibouis.…

Des bouibouis, on en trouve depuis très longtemps sur notre chemin, depuis qu’on a quitté l’Autriche. Ce qui frappe avec les bouibouis indiens, c’est leur caractère rustique et rudimentaire : de petites baraques en bois dépourvues d’électricité, au sol de la terre battue, souvent un toit en tuiles. Là tout sourire, un indien prépare les spécialités que l’on commence à connaître, le Dal bat, les Samossas ou les Chappattis. Il fait sa cuisine sur un four à bois en terre cuite, dégageant une épaisse fumée noire dont tout le monde profite : il n’y a pas de cheminée.

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posté par Tanguy, Loic, Thomas le 03/12/2009

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