Léon et son vélo à 30 euros



Septembre 2009, entre Chengdu et la frontière tibétaine

A la sortie de Chengdu, alors que nous roulons à vive allure sur l’autoroute qui mène aux premières montées himalayennes, sur une piste cyclable large à faire passer un 38 tonnes, Thomas soupire « oh nan, j’ai crevé ».

Pendant la réparation, un chinois s’arrête sur un vélo rouge. Au premier abord, il ressemble à tous les autres chinois qui ont des vélos chargés et se rendent au marché du coin. En tout cas il ne ressemble pas à ces pékinois qui partent sur des vélos flambant neuf, vêtu de Gore tex et de basket dernier cris à l’assaut de l’Himalaya, pour faire Chengdu Lhasa.

Lui a des vêtements délavés, un vieux k-way en guise de vêtement de pluie ; ses affaires sont stockés dans une grosse bâche plastique, ses bouteilles d’eau poussiéreuses maintes fois remplies ressemblent aux nôtres, et son porte bagages est rallongé par trois bouts de bambous accrochés avec trois bouts de ficelle. Son VTT monté sur suspension ressemble aux vélos bas de gamme des grandes surfaces, le tout est orné d’un drapeau immense aux couleurs des championnats d’athlétisme qui se dérouleront à Canton en 2010. Il retire le drapeau dans les descentes...



Léon, son sourrire, son paquetage et ses gants d'ouvrier qui lui servent de gants de cycliste



Il a du pousser à pied ce tas de férraille qui lui sert de vélo, mais il y est arrivé, 4659 mètres!

Il a 23 ans et s’appelle Liang, mais en attendant de comprendre l’orthographe de son prénom nous l’appelons Léon. En plus, ce contraste entre le prénom du célèbre tueur en série joué par Jean Réno, et le frêle physique de ce timide illuminé nous amuse terriblement. Mais méfiez vous des petits gabarits à l’allure débonnaire…Léon fait route de Canton, sa ville natale, vers Lhasa, un long pèlerinage bouddhiste de deux mois.

C’est le deuxième été de suite que Léon parcourt la Chine sur son vélo à trente euros (si si 30€ !), et il a déjà fait plus de kilomètres que nous. Comment fait-il alors qu’il avance si lentement ?! 14 à l’heure sur du plat ! Mystère. Et pour trainer cette carcasse sur suspension, il en faut de la volonté ! Lui n’en manque pas. Les pannes de son vélo se succèdent. Sa roue arrière qu’il n’aurait aucun mal à changer est complètement désaxée.

Difficile de dire si ce petit bout de chinois nous aura plus exaspérés ou impressionnés avec son vélo improbable. En tout cas ces traductions dans les restaurants ou les magasins nous ont bien servis, et lui s’est vite habitué à ce qu’on lui paye tous les restos…

Léon a pu traverser la frontière tibétaine, lui, c’est là que nous lui avons dit au revoir. Il a appris en nous rencontrant que les frontières du Tibet sont fermées aux étrangers. Il ne comprend pas pourquoi, même s’il se doute que cela a un lien avec les manifestations de l’année passée, avant les JO. En nous quittant, il nous dit les yeux pleins de larmes « je suis sûr que bientôt le Tibet sera ouvert aux étrangers et vous pourrez visiter Lhasa ».

A l’heure où nous roulons vers le Vietnam, lui continue de s’escrimer avec les cols Himalayens.



Achète toi une nouvelle roue Léooonnnn! t'espère pas aller jusqu'à Lhasa avec cette enclume!



posté par Tanguy, Loïc, Thomas le 26/09/2009

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La journée galère type



20 septembre 2009, Zongzi, Chine,

Ce matin là nous nous réveillons dans la cour d’un hôtel. Nos habits et visages nous donnent des allures d’aventuriers, ou de clochards comme vous vous voudrez. Tant mieux, on avait mal pris la réflexion des gars du temps d’un tour qui nous trouvaient "trop propres" à l’entrée du Gobi, alors qu’eux sentaient bon le cycliste qui sort du désert…

Cette fois on a l’air de vrais. Nous quittons la petite ville, sous les « hello ! » sympathiques et désormais habituels des chinois qui nous voient passer. Ça va monter encore aujourd’hui, mais de combien ? On nous prévient, 25 km de montée, 1000 mètres de dénivelé. La mauvaise nouvelle de cette matinée, ce n’est est pas tant que ça monte, ou même qu’il pleut, mais que la route est plus cabossée que jamais. Les routes chinoises, souvent en très bon état, ne nous avaient pas habituées à ça jusqu’ici. Pas de bitume, des gros cailloux se prennent dans les pneus et nous ralentissent encore. Nous faisons une pause toutes les heures. On avance à 6 km/h. Chaque série d’une heure nous époumone comme une séance de footing.

Voilà trois heures que nous montons, ça tourne au marathon. Loïc s’arrête au bout de 25 km à côté d’un chorten pensant être au col, il s’étonne de ne pas encore avoir été doublé par Tanguy, habituellement en tête dans les montées. Tanguy arrive finalement une demi heure après en pestant.



3 des 4 fixations du porte bagage de Tanguy ont rompu dans la montée. il tient maintenant avec un T-shirt...



Arrivée au col après 35 km de montée dans les cailloux. Les camioneurs pris dans un bouchon au col squattent notre photo pose devant la vallée

« Pourquoi tes sacoches sont inversées, dit Loïc, tu mets toujours les sacoches noires et la tente derrière ?
- bah à ton avis ! répond Tanguy de mauvais poil »

Son porte bagage a éclaté, il n’a plus qu’une attache sur quatre qui tienne, il a donc mis le maximum de poids devant. L’arrière tient donc en suspension à la selle avec le T-shirt dynamoS’olidaire qu’on lui a offert en juillet à son anniversaire.

Au vrai col, nouveau coup de théâtre : bouchon en pleine montagne! 2 camions sont tombés en panne côte à côte. Nous tentons de prendre une photo de nous 3 avec la vallée en fond, les camionneurs veulent être sur la photo. Nous passons entre les camions, le concert de poussière et de klaxonne reprend bientôt et les poids lourds nous doublent un à un.

La descente est aussi caillouteuse que la montée. Tanguy est devant, Loïc suit prudemment Thomas de près, pas à plus de 30 à l’heure, quand il s’écrie : « et merde ma roue avant ! ». Il s’en suit un concert d’injures que nous ne pouvons retranscrire ici, un peu comme celui qu’il avait entonné le matin même : un chinois avait renversé son vélo stationné dans la cour de l’hôtel en faisant une manœuvre maladroite, il lui avait jeté l’eau de sa gourde à la figure faisant exploser de rire les clients de l’hôtel qui regardait la scène de leur fenêtre.

Le voilà puni de son excès de colère, sa malheureuse roue avant achetée 7,5 € dans le marché russe de Galatz en Roumanie, n’aura pas passé l’Himalaya. La roue fait un huit, elle ne tourne plus, 4 rayons ont sauté. Thomas et Loïc sortent la caisse à outil sans trop de conviction, aucun de nous trois ne sait se servir de la clef à dévoiler les roues…

Ils prennent rapidement la décision d’arrêter un des camions. C’est bientôt chose faite, Loïc part en direction de Darang, à 60 km de là où il espère trouver un réparateur, et surtout un hôtel pour se remettre de cette journée maudite.

La pluie redouble d’intensité. Tanguy et Thomas n’en ont pas tout à fait fini avec les cailloux, et 20 km après l’épisode de la roue de Loïc, Tanguy crève une énième fois. Cette fois ils jettent l’éponge, et rejoindront Loïc le lendemain midi. De son côté, Loïc ne trouve ni roue ni réparateur à Darang, si ce n’est un pseudo bricoleur qui a une clef à dévoiler dans sa caisse à outil. Le type s’acharne sur la roue pendant près d’une heure, rien à faire, il ne la redresse pas. Loïc sait qu’il a deux bonnes heures avant que les gars n’arrivent, alors pourquoi ne pas essayer ? Il tourne un écrou dans un sens, le suivant dans l’autre. Finalement, ça n’est pas sorcier de redresser une roue.

Lorsque Thomas et Tanguy arrivent, la roue est encore très voilée, mais elle ne se prend plus dans le garde boue, le vélo peut repartir. Nos affaires sont trempées et pleine de boue, mais que voulez-vous, on voulait avoir des têtes d’aventurier !



Le pseudo réparateur de Darong devant don échoppe ne s'est jamais servi de se clef à rayons. Il n'a même pas l'idée de retourner le vélo de Loïc pour retendre les rayons défaillants.



posté par Tanguy, Loïc, Thomas le 26/09/2009

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Un col aux allures de rassemblement multi-culturel !



Mercredi 16 Septembre, 4675 m, dernier col avant la longue descente de 90 km sur Batang

Nous donnons nos derniers coups de pédales, forçant l’allure, attirés par le chorten et les drapeaux tibétains flottant au vent. Ca y est, nous sommes au col ! Personne, il est 13h00, la vue est magnifique et nous sommes globalement dans les temps : Batang (2800 m d’altitude), notre prochaine ville étape, est encore à une centaine de kilomètres mais à priori ça devrait pas mal descendre. Reste à attendre Léon (le petit chinois qui fait route avec nous depuis Chengdu), prendre quelques photos et on file !

C’est sans compter que le vélo de Léon n’est vraiment pas top : il en met du temps. Déjà une heure qu’on s’amuse à viser un gros caillou avec des pierres et toujours pas de vélo avec drapeau à l’horizon. Par contre, au loin arrive un groupe de tibétains qui avancent bizarrement : « On dirait qu’ils se jettent par terre, sûrement des enfants qui s’amusent » dit Tanguy. Le groupe nous rejoint rapidement et ce ne sont pas du tout des enfants. En fait, ils portent chacun une espèce de tablier de cuir et tiennent dans leur main des sabots de bois…Incroyable, on comprend par langage des signes que ces fervents bouddhistes font route jusqu’à Lhassa en glissant par terre. 2000 km et près de deux ans de voyage !
Beaucoup de questions basiques nous viennent : Pourquoi faites vous ça ? Comment faites-vous pour manger ? Combien de kilomètres pas jour ? Malheureusement, ils ne parlent que tibétain, notre guide de conversation chinois ne nous sert à rien, nous n’aurons pas de réponses à nos questions…Eux semblent aussi très curieux de nos montures. Echange de bon procédés, nous essayons les sabots et eux nos vélos !



Des bouddhistes qui font route jusqu'à Lhassa en glissant !



Photo au sommet du col, avec le vélo de Léon qui fait des caprices

Pendant ce temps là, Léon arrive tout sourire à pied : il doit pousser son vélo depuis déjà pas mal de kilomètres ! Mais, grosse panne, il doit changer l’axe de sa roue arrière et sort tout son attirail de réparation au milieu de la route. Ca commence à être une belle pagaille au sommet du col !

15h30, Léon n’en peut plus, il n’arrive pas à remonter l’axe. Nous évidemment, en bon mécaniciens, nous ne sommes pas d’une aide incroyable. Le pauvre, privé de sa roue, est bloqué à près de 4700 m d’altitude. Arrivent alors trois 4x4 de Chinois armés d’appareils photos. Les bouddhistes glissants sont toujours là. Les chinois nous prennent en photo. Le col prend des allures de rassemblement multiculturel !

Mais tout cela se décante finalement rapidement : Léon met son vélo dans un 4x4 et file vers Batang, nous enfourchons les nôtres et disons au revoir aux bouddhistes tibétains qui se remettent à glisser sur la route...Sacré col !



Echange de bon procédé, on essaye les sabots en bois, les bouddhistes essayent nos vélos. léon lui répare sa roue !



posté par Tanguy, Loic, Thomas le 26/09/2009

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